Maestro : Futur petit cheval d'amazone

Maestro ou la nouvelle vie d'un futur petit cheval d'amazone. Chroniques épiques (et hippiques) au gré des petits évènements du quotidien.

06 janvier 2008

Bouchon Sparrow

La greluche est sur la ligne de départ, les désormais célèbres bottes vert caca d'oie au bord de la dalle en ciment de l'écurie. Devant, 50 petits mètres à franchir pour atteindre Sieur Bouchon Sparrow, célèbre pirate des Glazaïbes, fièrement campé sur son île de foin, les petons bien au sec. Entre lui et elle, l'apocalypse glaizeuse, l'enfer de la gadoue, 50 mètres semés d'embûches qu'il va falloir franchir indemne tout en tentant de préserver intacte un maximum de dignité.

Le départ est donné, la greluche tente sa botte secrète, elle flatte le pirate poilu, l'appâte avec moultes promesses de pain d'épices mais il est évident qu'il ne bougera pas. Si Bouchon Sparrow ne vient pas à toi et bien c'est toi qui ira à lui. Soupir profondément résigné, elle se lance à l'assaut de Glaizland. Les dix premiers mètres se font sans encombre, un entrainement quasi-quotidien à cette discipline a permis de perfectionné son "pas glissé". Tel Candeloro sur sa patinoire la voilà qui avance en dessinant de belles virgules sur le sol, la gadoue n'est pas profonde et quelques battements de bras placés judicieusement évitent les déconvenues. Le regard est fixé sur la cible qui attend peinard là-bas en son royaume. Eviter à tous prix le piège de se laisser entrainer par la vitesse, il faut maintenir le cap coûte que coûte. Première et seule pause sur le trajet, agrippée comme une naufragée au piquet marquant l'entrée du pré, elle s'offre le luxe de reprendre son souffle avant de s'attaquer au plus gros de l'épreuve.

Décrocher la poignée du bas, la clipper sur celle du haut, puis d'un geste sûr ouvrir la barrière. Ca y est, dernière ligne droite, une profonde inspiration et elle se lance dans le grand bain. Floutch !!! La botte s'enfonce dans le gouffre de la morkitu, sournoisement camouflé par 30 centimètres de glaise liquide. Effet de ventouse tant redouté, la botte est coincée, d'une main s'aggripper de nouveau au poteau de l'entrée, de l'autre ne pas lâcher la poignée. Regard à gauche, regard à droite, pas de cheval dans l'environnement immédiat. Trés trés beau jeté de poignées, qui atterissent de l'autre côté de l'entrée sur le dernier brin d'herbe de la région. Les deux mains enfin libre la voilà qui tente se s'arracher du gouffre. Dans l'idéal, il faut réussir à libérer le pied ET la botte en même temps, c'est là qu'entre en jeu la technique du relevé d'orteils pour "crocher" la botte.

Rouge pivoine, il semblerait que la greluche soit tentée d'abandonner une partie de son crédit "amour propre" pour appeler les secours mais la question qui lui vient à l'esprit : "Les secours arriveront ils à traverser la première partie des embûches ?". Dans un effort désespéré, la botte daigne enfin suivre le pied. Là-bas Bouchon Sparrow et ses acolytes sabotés se marrent de concert, arrivera t'elle au bout de son chemin de croix ??? Tu as un cheval ? Tu compte monter dessus ? Et bien si tu comptes le ramener avant la nuit il va falloir continuer ...

Analyse du terrain, deux solutions : utiliser les traces du tracteur où la glaise est semi-profonde ou longer la clotûre électrique avec un pied sur un semblant de bande herbeuse et l'autre en équilibre précaire sur la glaise. Deux perspectives en cas de ratage : se retrouver avec un masque fessial modèle luxe ou s'élèctrocuter en s'aggrippant à la clotûre en cas de dérapage. Entre les deux son coeur balance ... La greluche est impétueuse et se lance dans les traces du tracteur. Doucement mais sûrement, poser le plus solidement un pied au sol avant d'envisager arracher l'autre pied à sa gangue de glaise. Les bras battent l'air, quelques couinements fusent à chaque perte d'équilibre, cinq mètres, quatres mètres, trois mètres, il fait chaud sous le blouson, deux mètres, la greluche tend sa denrière parcelle d'énergie vers l'ilôt de foin tant convoité, un mètre, enfin ! Soufflant comme une forge, quinze litres de sueur en moins elle s'écroule sur Bouchon Sparrow qui ne peut que se laisser enfiler le licol pour récompenser la bravoure de la dame.

Fière, les poings sur les hanches elle laisse courrir au loin son regard sur l'océan de glaise qu'elle a vaincu. Seules quelques trainées de boue sur le pantalon témoignent du combat sans merci qui s'est joué quelques secondes auparavant. Elle se laisserait presque aller à une danse de joie pour fêter ça ... presque ... sur son île de foin elle se rappelle soudain qu'il faut refaire le trajet en sens inverse ... le Seigneur des pirates se bidonne allègrement. Il est 4X4 lui ! Traverser tout ça est un jeu d'enfant, et il sait que ses membres d'Altesse Royale seront douchés avec amour pour ôter toute trace de souillure à l'arrivée. Alors il attend que la greluche recommence son exploit en espérant qu'il y aura un loupé car cette fois il sera au première loge ! Ah elle l'a eu SON cheval, ah elle l'a voulu cette vie de Pacha au pré et bien on verra si une fois de retour aux écuries elle aura encore la force d'aller chevaucher Bouchon Sparrow ... les paris sont ouverts hi hi hi !!! 

Posté par Ptitesirene33 à 22:39 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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